DISCOURS DU MINISTRE D’ETAT CHARGE DE L’EDUCATION NATIONALE AURELIEN SIMPLICE KONGBELET ZINGAS, REPRESENTANT DU PREMIER MINISTRE, A L’OUVERTURE DE LA TABLE RONDE DE LA JOURNEE INTERNATIONALE POUR LA SENSIBILISATION AU PROBLEME DES MINES ET L’ASSISTANCE A LA LUTTE ANTIMINES A LA CITE DES CHEFS D’ETAT.
Bangui le, 04 Avril 2025.
Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement,
Madame Carole BAUDOIN Représentante Spéciale Adjointe du Secrétaire Général
Madame Sophie Van ROGEN, Cheffe de l’UNMAS,
Distingués Représentants du corps diplomatique et des organisations internationales,
Chers Partenaires Techniques et Financiers,
Messieurs les Officiers Généraux,
Mesdames et Messieurs les Représentants de la société civile,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Aujourd’hui 4 avril 2025, nous marquons une double commémoration : la journée internationale de sensibilisation au problème des mines et de l’assistance à la lutte antimines et l’anniversaire de nos vaillantes Forces Armées Centrafricaines.
C’est avec une profonde gratitude envers nos soldats, qui œuvre chaque jour pour la sécurité de notre nation que je prends la parole.
Cette année, le thème de la journée internationale, « Un avenir sûr commence ici : renforcer les efforts locaux contre les mines », prend une dimension particulière en République Centrafricaine.
La menace des engins explosifs continue de peser sur nos populations, nos forces de défense et de sécurité, ainsi que sur les secteurs humanitaires et les casques bleus, qui travaillent côte à côte avec nos forces armées. Ensemble, nous devons redoubler d’efforts pour éliminer ce danger et construire un avenir de paix et de sécurité pour tous les Centrafricains.
Notre présence ici témoigne d’une volonté commune de faire face à ce défi avec détermination et solidarité.
Les statistiques sont alarmantes : depuis 2020, notre pays a enregistré 195 incidents liés aux engins explosifs causant la mort de 233 personnes, dont une majorité écrasante des civils.
Cette réalité inacceptable exige de nous une action vigoureuse et coordonnée.
La République Centrafricaine, comme d’autres nations post-conflit, continue de subir les conséquences dévastatrices des mines et restes explosifs de guerre.
En 2023 seulement, 78 incidents ont été répertoriés par la MINUSCA, ce qui représente plus d’un incident tous les cinq jours. Chaque explosion est une tragédie qui anéantit des vies, brise des familles et entrave notre développement collectif.
Toutefois nous ne sommes pas restés inactifs face à cette menace. Grace à une collaboration étroite avec nos partenaires internationaux, notamment le service de lutte antimines des Nations –Unies(UNMAS), des avancées significatives ont été réalisées. Plus de 20000 munitions et engins explosifs ont été neutralisés et détruits.
Des centaines de séances de sensibilisation et formation ont été organisées à l’intention des populations civiles, des acteurs humanitaires et de nos forces de défense et de sécurité dans un accompagnement technique de la COMNAT-ALPC qui a reçu un apport du gouvernement à hauteur d’un milliard de francs CFA reparti sur cinq ans pour soutenir le Plan d’Action National 2024-2028 le 21 mars. Cependant, nous ne nous contentons pas d’attendre l’aide extérieure.
Nous nous engageons à rechercher des solutions innovantes pour mobiliser des ressources nationales et développer des partenariats public-privé susceptibles de contribuer à notre stratégie nationale de lutte antimines.
Je tiens à souligner que chaque investissement dans ce domaine représente non seulement une contribution à la sécurité immédiate, mais aussi un investissement dans notre développement futur.
Les terres déminées deviennent des espaces productifs pour l’agriculture, le commerce et l’habitat, générant ainsi des retombées économiques significatives.
Notre stratégie nationale de lutte antimines doit s’inscrire dans une vision à long terme.
La communauté internationale a exprimé l’ambition d’éliminer la menace des mines terrestres antipersonnel d’ici 2025.
Bien que cette échéance s’expire, nous devons maintenir notre détermination et adapter notre stratégie en fonction des défis spécifiques à notre contexte national pour continuer au-delà.
Parmi les initiatives en cours que nous entendons soutenir et renforcer, je citerai les programmes d’éducation aux risques, particulièrement importants pour protéger nos populations, les opérations de déminage humanitaire dans les zones prioritaires, et l’assistance aux victimes, qui doit demeurer au cœur de nos préoccupations.
Les prochaines étapes stratégiques incluront l’élaboration d’un plan d’action national actualisé, l’identification précise des zones contaminées restantes, et le développement des capacités nationales durables en matière de déminage et de gestion des risques
Mesdames et Messieurs,
Un cadre juridique solide est essentiel pour structurer et légitimer notre action contre les mines.
Notre pays s’est engagé à respecter les normes internationales en la matière, et nous devons continuer à renforcer notre législation nationale.
Nous nous inspirerons des meilleures pratiques internationales, comme celles des autres pays de la sous-région qui ont promulgué une loi sur la mise en œuvre de la convention d’Ottawa.
Notre objectif est de disposer d’un arsenal juridique complet qui criminalise l’utilisation des mines, garantit l’assistance aux victimes et facilite les opérations de déminage sur notre territoire.
J’invite les parlementaires présents à s’engager activement dans ce processus législatif, car leur rôle est déterminant pour doter notre pays d’un cadre juridique adapté et efficace.
Notre gouvernement a également pris des mesures décisives pour renforcer le cadre juridique national, conformément à nos engagements internationaux.
A l’instar de nos voisins comme la République Démocratique du Congo qui a ratifié la convention d’Ottawa en 2022, nous demeurons fermement engagés dans l’application des conventions internationales pertinentes.
Mesdames et Messieurs,
L’appropriation nationale constitue le pilier fondamental de notre stratégie de lutte antimines.
Il ne s’agit pas simplement de déléguer cette responsabilité à nos partenaires internationaux, mais d’assumer pleinement notre rôle de leader dans ce combat.
Cette appropriation implique le développement de compétences locales, la mobilisation des ressources nationales et l’intégration de la lutte antimines dans nos priorités de développement. Comme l’a souligné le Chef de l’Etat le Professeur Faustin Archange TOUADERA dans sa vision, nous devons planifier clairement nos actions suivant un programme et des objectifs de renforcement des capacités bien définis.
Je réaffirme aujourd’hui l’engagement du gouvernement Centrafricain à placer la lutte antimines parmi nos priorités nationales.
Cette priorité se traduira par des actions concrètes, notamment l’allocation de ressources budgétaires adéquates à la formation d’experts nationaux capables de prendre en charge cette mission essentielle.
La coordination entre les acteurs nationaux et internationaux est cruciale pour maximise l’impact de nos efforts collectifs.
Notre gouvernement s’engage à renforcer les mécanismes de coordination existants et à créer de nouveaux si nécessaire.
Cette table ronde est l’illustration parfaite de notre volonté de rassembler tous les acteurs concernés pour harmoniser nos approches et synchroniser nos actions.
Nous encourageons un dialogue ouvert et constructif entre les ministères concernés, les organisations internationales, la société civile et les communautés affectées.
Comme l’a souligné Madame Valentine RUGWABIZA, Représentante Spéciale du Secrétaire General de l’ONU, nous avons besoin d’une » réponse collective multidimensionnelle » pour contrer efficacement cette menace.
Cette réponse ne peut être élaborée qu’à travers une coordination renforcée et un partage7 d’information systématique.
Distingués participants,
La mobilisation des ressources représente un défi majeur dans notre combat contre les mines. Notre gouvernement est conscient que les besoins dépassent largement les ressources disponibles.
C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un appel à nos partenaires techniques et financiers pour qu’ils maintiennent et renforcent leur soutien à nos efforts nationaux.
Distingués invités,
La création d’une autorité nationale de lutte antimines représente une étape cruciale dans l’institutionnalisation de notre engagement.
Cette structure, dont l’opérationnalisation es soutenue par la MINUSCA, sera chargée de coordonner l’ensemble des activités de lutte antimines sur notre territoire, d’élaborer les politiques nationales en la matière et de veiller à leur mise en œuvre effective.
Je suis heureux d’annoncer que notre gouvernement prend l’engagement ferme d’accélérer le processus de création de cette Autorité Nationale.
Des consultations sont en cours pour définir son mandat précis, sa structure organisationnelle et ses modalités de fonctionnement.
Cette institution jouera un rôle central dans la pérennisation de nos efforts et symbolisera l’appropriation nationale de la lutte antimines.
Elle constituera également un interlocuteur privilégié de nos partenaires internationaux.
Excellence Madame la Représentante Spéciale,
Honorables,
Ministres
Distingués invités.
En conclusion, je tiens à réaffirmer l’engagement indéfectible du gouvernement Centrafricain dans la lutte contre les mines et les restes explosifs de guerre.
Cette lutte n’est pas seulement une obligation morale et juridique, elle est aussi une condition préalable à notre développement et à notre stabilité.
Je saisis cette occasion pour exprimer notre profonde gratitude à la MINUSCA et à l’ensemble de nos partenaires pour leur soutien inestimable.
A l’instar de ce qu’a déclaré mon homologue lors d’une précédente manifestation : « je suis convaincu qu’ensemble avec les partenaires techniques et financiers, nous parviendrons à éradiquer sur notre territoire l’usage des mines ».
J’appelle également les groupes armés à déposer les armes et à s’engager résolument dans le processus de paix, car l’utilisation des mines et des engins explosifs constitue une violation grave du droit international humanitaire qui ne restera pas impunie.
Pour conclure, je souhaite que cette table ronde aboutisse à des recommandations concrètes et à des engagements fermes. Ensemble, nous pouvons construire un avenir où chaque Centrafricain pourra vivre et se déplacer sans crainte des mines. Un avenir sûr commence effectivement ici, par notre engagement collectif et notre détermination à renforcer les efforts locaux contre les mines.
Sur ce, je déclare ouvert la table ronde de la journée internationale de sensibilisation au problème des mines et de l’assistance à la lutte antimines pour l’année 2025.
Je vous remercie de votre aimable attention.